Réflexions sur le traitement de la pédophilie

dans l'Eglise catholique en France

 

C'était un soir quelconque, aux alentours de l'année 1965, dans un Collège catholique.

Les professeurs prêtres étaient réunis dans la salle à manger pour le repas du soir. Le Supérieur entre, dit le Benedicite, et dans, la foulée annonce : "Messieurs, je me dois de vous faire part de la décision que j'ai prise cet après-midi de licencier Monsieur N…, l'un de nos surveillants laïcs. J'ai en effet été prévenu par la famille d'un jeune élève, que ce Monsieur avait eu des gestes déplacés envers ce garçon. Ainsi il ne pourra plus nuire !". Gestes déplacés. Licenciement. Affaire réglée !

 

Dans ce même collège. A la même époque. Tous les professeurs connaissaient le type de relation que l'Abbé F… entretenait avec l'un de ses élèves. En parlant de cet élève, on disait : "C'est le giton du Père F… !".

Personne ne se plaignit jamais. Personne ne le dénonça. Aucune affaire à régler !

 

Dans les mêmes années. Une famille d'une paroisse rurale écrit à l'Archevêque, pour se plaindre de "gestes déplacés" du curé de la paroisse envers son fils, ajoutant qu'il n'est pas le seul, et qu'il existe, d'après ce fils, d'autres cas similaires. L'Archevêque convoque ce curé. Lui fait part de la lettre qu'il a reçue. Le curé ne nie pas. Il se déclare désolé. L'Archevêque lui notifie qu'il doit le retirer de cette paroisse pour le nommer ailleurs.

Dé-nomination. Autre nomination. Affaire réglée !

 

Dans les années 2010. L'Archevêque apprend par une lettre anonyme, que le Père R…, curé de C… entretiendrait des relations coupables avec un jeune garçon de sa paroisse.  Sans autre forme de procès, sans convoquer le prêtre en question, l'Archevêque porte connaissance de la lettre auprès de la police, et le relève de ses fonctions de curé. Le prêtre est convoqué par la Police en tant que "témoin assisté". On perquisitionne chez lui. On fouille dans son ordinateur et ses albums de photos, à la recherche de photos pédopornographiques. On ne trouve rien. Le prêtre est blanchi.

Le journal local écrit alors ceci, sous le titre : "L'Eglise beaucoup plus sévère que la justice" :

La vérité judiciaire de ce dossier, aujourd'hui, est un peu différente de la vérité révélée alors. Le Père R… ex-curé de la paroisse de C…, vient de bénéficier d'une ordonnance de non-lieu qui l'innocente complètement. Le juge d'instruction, pas plus que les enquêteurs, n'ont reconnu un caractère pornographique aux images retrouvées chez M. R…, détaille son avocate. Il avait été entendu sous le statut de témoin assisté mais à l'époque, la position de l'Eglise avait été beaucoup plus sévère que celle de la justice. La question du respect de la présomption d'innocence se pose. Le prêtre avait été suspendu de ses fonctions et a vécu, selon son conseil, sa mise en cause comme une très pénible mise au ban. Pendant ces trois années de soupçon, le curé a été bénévole pour des causes humanitaires et n'a plus eu de paroisse bien que ses anciens fidèles de C… aient écrit pour le soutenir. Le plus difficile à vivre a été pour lui l'incertitude quant à son avenir. Factuellement, le prêtre R… avait été mis en cause dans la même information judiciaire que celle qui a visé le père J…, parce que les deux hommes évoluaient dans les mêmes cercles d'amitiés. Dans le doute, l'archevêché n'a pris aucune précaution par rapport à une erreur de jugement des policiers et l'a suspendu, regrette son avocate. Pourquoi l'Eglise serait-elle au-dessus du respect de la présomption d'innocence, un principe fort de notre droit ? s'interroge-t-elle. Interrogé, l'archevêque prend acte de ce non-lieu et devra en tenir compte, ont fait savoir hier ses services.

Ne parlez plus de l'archevêque au Père R… "Il ne s'est pas excusé. Il a foutu ma vie en l'air ! Pour moi, c'est un salaud!".