Les BEATITUDES

 

Le texte, dit des Béatitudes, forme, dans le récit de Matthieu, le début du discours inaugural de Jésus. Il a souvent été interprété comme un encouragement à la résignation, à la passivité et à la soumission pour tous : Bienheureux les pauvres en esprit (sous-entendu vous et moi), le Royaume des cieux est à eux ! (ce qui, en fait n'engage à rien). Ou encore : Plus vous serez pauvres sur la terre, plus vous serez heureux au ciel ! (sous-entendu : Ne cherchez pas à vous révolter, vous risqueriez de perdre le bonheur éternel !…).

Rappelons tout d'abord que les récits évangéliques ont été rédigés en grec, par des hommes dont la langue maternelle était l'hébreu (voire même l'araméen), pour être ensuite, dans une période relativement récente, traduits du grec en français. Précisons également que la compréhension des mêmes termes, dans une même langue,  a évolué dans le temps. C'est pourquoi un dicton italien prétend : Traduttore, traditore ! Tout traducteur est un traître !

André CHOURAQUI, qui a traduit dans un premier temps le Nouveau Testament du grec en hébreu, puis de l'hébreu en français, interprète ainsi ce début du chapitre 5 de l'évangile de Matthieu : En marche les humiliés du souffle ! Oui, le royaume des ciels est à eux ! Et, dans une note en marge du texte évangélique, il précise : en hébreu, le mot (qu'on traduit habituellement par "Bienheureux" en français) évoque la rectitude de l'homme en marche sur une route qui va droit vers l'Eternel. Si nous autres, Français, entonnions ainsi   l'hymne national : "Bienheureux les enfants de la patrie, car le jour de gloire est arrivé !"; ça n'aurait pas la même signification ni la même puissance d'évocation que de chanter : "Allons, enfants de la Patrie, le jour de gloire est arrivé…".

Y aurait-il donc une lecture révolutionnaire des Béatitudes, invitant à se mettre en marche les humiliés, les endeuillés, les humbles, les affamés et assoiffés de justice, les cœurs purs, les faiseurs de paix, les persécutés pour la justice ? Et pourquoi pas ? Dans le contexte de l'époque et du pays, où les petits, les exclus, les lépreux, les impurs étaient déclarés hors la Loi par les responsables religieux juifs, et n'avaient le droit que de se taire, les déclarer heureux n'était pas de grande conséquence, sinon de les inciter à rester ainsi, laissant les puissants agir à leur guise. En revanche les inviter à se mettre en marche et à prendre en mains leur destin était véritablement subversif. Je n'en veux pour simple preuve qu'un jour les Pharisiens et les membres de l'Aristocratie sacerdotale d'un côté, en accord avec la puissance d'occupation romaine, réalisèrent l'union sacrée, et s'entendirent pour condamner à mort Celui qui avait prononcé de telles paroles, et mis ses actes en conformité avec ces paroles

Et je poursuis, et je persiste. C'est quotidiennement que nous avons à évangéliser notre lecture de l'Evangile, je veux dire que c’est chaque jour que nous devons apprendre à lire et à vivre l’Evangile dans l’Esprit de Celui qui l’a vécu devant les hommes.

Imaginez-vous aujourd'hui des slogans tels que : Heureux vous qui souffrez du sida, mon Père vous guérira ? Heureux vous qui n’avez pas de domicile fixe, vous serez logés dans le Royaume de mon Père? Heureux vous les sans-papiers, mon Père au moins vous connaît ? Heureux les Sans-Emploi, vous serez employés ?  Alors pourquoi imaginer que le Christ ait pu dire de semblables paroles ?

Et si les Béatitudes étaient une invitation pour les pauvres, les humiliés, les opprimés à prendre conscience de l'appel qui leur est adressé, et à se mettre debout ?

Aujourd'hui encore, comme hier et comme toujours, et peut-être plus qu'hier et plus que jamais,  l'Eglise doit éveiller, exhorter, encourager. Aujourd'hui encore nous devons annoncer : En marche les malades du Sida, ne ployez pas devant la fatalité de la mort ! En marche les Sans Domicile Fixe, les sans-papiers, faites respecter vos droits ! En marche les Sans-Emploi, faites donc entendre votre voix ! En marche vous qui pouvez donner un emploi à qui n'en a pas, ne craignez donc pas pour demain ! En marche, vous qui avez la santé, montrez-vous solidaires de ceux qui souffrent et soulagez leurs souffrances autant que vous le pouvez ! En marche vous qui avez la chance d'avoir un toit sur votre tête, faites en sorte que tous soient comme vous !

Car le bonheur n'est pas pour le pauvre, pour le malade, pour celui qui est triste, persécuté; pas pour qui subit l'injustice, pas pour le chômeur qui ne trouve pas d'emploi, ni pour le S.D.F. Le bonheur est pour qui se lève et se met en marche, qui se révolte, et qui entre en lutte pour la santé, pour la justice, pour l'emploi, pour le partage des richesses. Car c'est cela qui donne sens à la vie!

 

 

 

 

 
 

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